En 2001, dans le cadre de leur guerre contre le terrorisme, les États-Unis prennent la tête d’une coalition internationale en Afghanistan pour une opération modestement baptisée « Liberté immuable ». Au cours des dix années suivantes, l’Afghanistan va faire la une des journaux ; les organisations humanitaires, les sociétés de sécurité privée et les médias y accourent. Une attention dont n’avait jamais bénéficié ce pays, pourtant rongé par le conflit depuis déjà vingt ans.

Bien après, alors que l’année 2014 s’achève, le président Barack Obama annonce la fin de la mission de combat de l’OTAN en Afghanistan, tournant ainsi la page de la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis. Les troupes américaines sont parties pour l’essentiel et le pays suscite de moins en moins d’intérêt, pourtant sur place les combats se poursuivent et se font de plus en plus violents. Rien qu’en 2015, les forces de sécurité afghanes ont eu à déplorer plus de victimes que les forces étrangères pendant toute la guerre. Le bilan humain parmi les civils s’alourdit lui aussi.

Prise dans la tourmente de ce dernier chapitre de la guerre d’Afghanistan, la population, lassée par des années de conflit, est également dans une impasse économique et politique. Le gouvernement d’unité nationale, formé en 2014 sous l’égide du secrétaire d’État américain John Kerry, est gangrené par des luttes intestines. Le retrait des troupes étrangères et la fin de l’aide extérieure ont fait grimper le taux de chômage et porté un coup dur à l’économie.

Des millions de réfugiés afghans sont rentrés chez eux après la chute du régime taliban en 2001, mais près d’un million sont désormais des déplacés internes, deux fois plus qu’il y a trois ans. Des centaines de milliers d’Afghans ont entrepris un périple dangereux, en quête d’une vie meilleure en Europe, souvent en vain. Parmi la nouvelle classe de citadins instruits, beaucoup partent, mus par un sentiment accru de désespoir et par l’absence de débouchés professionnels. D’autres fuient les zones rurales où les talibans continuent de gagner du terrain. Ces derniers contrôlent – du moins ils l’affirment – pas moins de la moitié du pays.

Leur victoire la plus écrasante est survenue en septembre 2015, lorsqu’en l’espace d’un jour à peine plusieurs centaines de combattants ont tenu en échec les forces gouvernementales et se sont emparés de Kunduz, dans le nord du pays. Pour la première fois depuis 2001, bien que brièvement, une capitale provinciale tombait entre les mains des talibans.

L’un des épisodes les plus tragiques de la guerre s’ouvrait avec la chute de Kunduz. Aux premières heures du 3 octobre, répondant à une demande de soutien aérien des forces afghanes qui tentaient de reprendre la ville, un avion américain AC-130 bombarde un hôpital de MSF, faisant 42 morts parmi les patients et le personnel soignant. Avant la fin de l’année, les talibans ont lancé deux autres attaques contre des capitales provinciales, notamment dans la province du Helmand, d’où provient près de la moitié de l’opium produit dans le monde, un commerce qui génère chaque année des centaines de millions de dollars pour les talibans. À Kunduz et ailleurs, ces derniers ne sont plus qu’à quelques kilomètres de ces capitales provinciales.

Face à la montée en puissance des talibans, l’espoir d’organiser des pourparlers de paix sous l’égide de la communauté internationale s’étiole, et les fractures au sein du gouvernement se creusent de jour en jour. Plus de dix ans après le début de l’opération « Liberté immuable », le bruit des armes continue de retentir en Afghanistan.

Andrew Quilty

Commissaire de l’exposition : Olivier Laurent

Andrew Quilty

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