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13 / 05 / 2013
Editorial
C'était il y a 24 ans... Perpignan accueillait la première édition d'un tout nouveau - et tout petit ! - festival de photoreportage, Visa pour l'Image. Vingt-quatre expositions, déjà. Six soirées de projection. En fait trois, reprises deux fois chacune.
En ces temps lointains, nous n'avions pas d'ordinateurs. Les légendes étaient approximatives, au mieux, voire inexistantes, purement et simplement.
Dès la première édition, nous avons pressenti que cet événement allait rapidement s'inscrire dans le calendrier des professionnels. Six ans plus tard, nous transformions le terme de photoreportage en photojournalisme, qui nous semblait plus adéquat.
Les magazines produisaient beaucoup, les agences étaient florissantes, les photographes pleins de talent travaillaient dans la joie et la bonne humeur. Et dans de bonnes conditions financières.
Bref, c'était un autre temps. Un autre monde. Révolu.
Aujourd'hui, quelques magazines continuent à produire, toujours moins nombreux, toujours à moindre coût. Nombre d'agences ont disparu, ou - pire encore - ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles étaient. Les photographes qui vivent décemment de leur métier ? On en compte à peine quelques dizaines...
Les raisons de cette révolution ? On les connaît. Elles ont été analysées, commentées, discutées, à de très nombreuses reprises.
Tous les secteurs de cette profession ont été chamboulés. Radicalement. Du circuit des ventes aux labos, il a fallu reconsidérer chaque maillon de cette chaîne. Tout réinventer.
Paradoxalement, il n'y a jamais eu autant d'aspirants photographes. Ce métier fait toujours rêver. Est-ce un bien ? La technique se maîtrise très facilement, mais pour être un vrai journaliste, c'est autre chose... Raconter une histoire véritable, ce n'est pas à la portée de tout le monde. Faire des photos correctes, si.
Visa pour l'Image fait toujours rêver. Tant mieux. Mais le nombre de dossiers reçus avec des photos sans légendes laisse un peu perplexe... « Bonjour, voici mon reportage, j'étais en Syrie ». Bien. Bravo ! Mais quelle est l'information que vous voulez nous donner ?
Où était-ce ? Quand ? Qui sont ces gens que vous nous montrez ? Bref, la règle des WWWWW (Who ? What ? Why ? When ? Where ?) est devenue obsolète. Dommage.
Dans cette jungle de l'information rapide, il est urgent de retrouver certaines bases, ou d'en inventer des nouvelles. C'est ce que nous nous efforçons de faire. Avec le même bonheur. Pour la 25e fois.
Bienvenue à Perpignan !
Jean-François Leroy
22 avril 2013